Le Site Portail242.Info n'est ni affilié aux auteurs et aux commentateurs de cette page ni responsable de son contenu

L’hospitalité : une des causes de la polygynie chez les Mbere


Brazzaville, 28 janvier – (CONGO-SITE) - Dans la société mbere, il existe plusieurs causes de la polygynie, parmi lesquelles l’institution sociale de l’hospitalité, le choix d’une femme par les parents, la volonté de produire un fruit égal à soi-même, les motifs économiques et les conséquences de différents tabous. Dans cet article, nous allons parler exclusivement de l’institution sociale de l’hospitalité.



Communément appelés Mbéti, les Mbere se nomment eux-mêmes Ambere (Ombere, au singulier). Cette appellation varie selon l’accent phonétique ou selon que l’on se trouve dans les départements de la Cuvette-Ouest, au nord-ouest du Congo ; dans la Lékoumou, au sud-ouest du Congo ; et dans la province du Haut-Ogooué, au sud-est du Gabon.
 
Dans la Cuvette-Ouest, les Mbere peuplent les districts de Kellé, Etoumbi, Mbama et Ewo. Dans la Lékoumou et le Haut-Ogooué (Gabon), ils sont désignés par les Obamba ou Ambamba. Dans la Lékoumou, on les trouve dans les districts de Sibiti, Bambama, Komono et Zanaga. Dans le  Haut-Ogooué, ils peuplent les districts d’Okondja, Aboumou, Franceville, Lastourville. Les Mbere sont donc un peuple à cheval entre le Congo et le Gabon.
 
La solidarité communautariste faisant obligation de prendre soin des étrangers, chez les Mbere «l’étranger est un dieu». L’étranger est sacro-saint tant qu’il est dans les limites du territoire sur lequel s’étend la responsabilité juridictionnelle, fut-il ennemi du village ou de la tribu. Si l’on doit venger contre lui pour une raison quelconque, on doit attendre qu’il soit hors des frontières du village.
 
En pays mbere, le voyageur ne s’encombre pas de literie et de prévisions, même s’il va loin. Lorsqu’il arrive dans un village où il n’y a pas de parents, il va frapper à la porte du chef de village, responsable juridique des étrangers. Et, la sollicitude hospitalière du chef de village peut aller jusqu’à offrir aux hôtes de marque (collègue chef de village, Nkani, autorité administrative, etc.), une partenaire de nuit choisie parmi ses femmes secondaires (prises plus pour compagnes que des épouses) ou parmi les femmes célibataires du village.
 
Parmi les étrangers, il convient de distinguer les hôtes de passage d’avec les immigrants. Les premiers ne sont à charge que pour quelque temps ; tandis que les seconds aspirent à la naturalisation, c’est-à-dire à l’intégration dans le groupe accueillant. Quand l’immigrant arrive, il doit d’abord être présenté au chef de village et au conseil des Anciens. Après un temps prolongé, quand il aura fait ses preuves, les Anciens jugeront s’il peut déjà bénéficier de sa «nationalité».
 
Durant le temps de probation, l’immigrant ne doit pas enfreindre de façon flagrante les lois de l’hospitalité ou les règles tribales solennelles. S’il est adopté par la communauté, le chef du village lui donne en premier lieu un terrain sur lequel il va construire sa maison. A partir de là, il jouit de tous les droits comme les natifs du village. Seulement, s’il est agréé par une famille, ses droits sont limités. Par exemple, il ne participe pas aux sacrifices aux mânes des ancêtres. Seuls ses enfants auront ces privilèges.
 
En dehors du terrain, l’immigrant reçoit une femme sans dot. Les enfants issus de cette union appartiennent à la famille d’origine de leur mère. Cependant, si juridiquement l’immigrant a les mêmes droits que les nationaux, c’est difficile que ces derniers l’acceptent à part entière psychologiquement comme l’un des leurs. Ce sont surtout ses petits-enfants qui pourront bénéficier de toute la chaleur familiale des membres de la collectivité, la situation d’affranchi de leur grand-père ayant été placé dans les oubliettes.   
 
Pourquoi les Mbere autorisaient-ils la polygynie
 
Chez le peuple mbere précolonial, une certaine forme de polyandrie avait cours. En effet, parce que la société mbere était encore soumise économiquement aux impératifs de la nature, avec des prescriptions prohibitives des institutions qui décourageaient les meilleures volontés, les responsabilités de chef de village et/ou de chef coutumier ne cadraient pas bien avec le régime monogamique. Et, dès lors que les déplacements des étrangers ne tenaient pas compte du calendrier menstruel de la femme du chef de village et n’attendaient pas la relève des couches de celle-ci, le chef de village se voyait dans l’obligation morale d’être polygyne.
 
Ce faisant, il écartait tout risque de se retrouver sans femme disponible à lui donner la nourriture le jour de visite d’un hôte de marque. Il est impensable que deux ou trois femmes soient mères en même temps ou en période menstruelle simultanément. Avec deux ou trois femmes, l’étranger pouvait venir à n’importe quel moment, le chef de village était toujours en mesure de s’acquitter de ses obligations hospitalières.
 
Le polygyne ne subissait pas l’humiliation que subissaient des maris monogynes. Ainsi, la polygynie devenait une nécessité pour toute personne détenant une parcelle d’autorité. On peut dire que la polygynie du chef est un gage de la sécurité individuelle.
 
Cependant, l’on doit avouer qu’elle n’est pas sans dangers. Car, la polygynie ébranle le principe d'exclusivité qui renforce les liens conjugaux et familiaux. Elle rejette la notion d'intimité sexuelle exclusive du couple et l'occasion de construire une vie à deux. En outre, la polygynie empêche le partage égal du matériel et de l'attention émotionnelle. Elle exclut la possibilité de créer une relation unique avec un partenaire, en raison de la perspective qu'un autre parti s'ajoute à l'union conjugale et interrompe la relation.

Le fait de devoir partager l'attention sexuelle, matérielle et émotionnelle de leur mari avec d'autres épouses prive nombreuses femmes d'une relation exclusive avec lui. Même si plusieurs mariages monogames ne respectent pas la norme d'exclusivité, cette caractéristique demeure une valeur importante au sein d'une union.
 
 
 

Gos-Gaspard Lenckonov



Nouveau commentaire :

International | Politique | Economie | Culture | Ecologie | Sports | Science et Technologie | Santé




Message de VOEUX de nouvel'An 2017 par le président Denis Sassou Nguesso



Arrêt sur image

Le nouveau viaduc de Brazzaville-Sud reliant le Centre-ville à la Case De Gaulle

Le nouveau viaduc de Brazzaville-Sud reliant le Centre-ville à la Case De Gaulle

Gos-Gaspard Lenckonov | 22170 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
Valère Lékoumou | 12566 vues
00000  (0 vote)

Portail242.info en direct

Le DEBAT sur l'ACTUALITE
Les PtitZ' Annonces