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Congo : Denis Sassou N’Guesso s’exprime sur la crise libyenne, l’élection de Donald Trump et la situation dans le Pool

Du retour d’Addis-Abeba (Ethiopie) où il a pris part à la réunion du Comité de haut niveau sur la crise libyenne, à l’issue de laquelle il a été désigné Président dudit Comité, le Chef de l’Etat congolais, Denis Sassou N’Guesso, a été interrogé à l’aéroport international Maya-Maya de Brazzaville par des journalistes. Les questions ont porté sur sa désignation en qualité de tête d’affiche Comité de haut niveau sur la Libye ; la crise libyenne ; les efforts de la communauté internationale dans la résolution de cette crise ; l’élection de Donald Trump aux USA ; et la situation du département du Pool. Nous faisons ici le devoir de publier l’intégralité de cette interview.



«Monsieur le Président, vous rentrez d’Addis-Abeba où vos pairs vous ont désigné comme Président du Comité de haut niveau sur la crise libyenne, une crise complexe sur laquelle vous aviez eu à travailler par le passé. Comment allez-vous procéder pour solutionner cette crise libyenne qui n’a que trop duré?

Comme vous le savez, en 2011, au tout début de la crise libyenne, l’Union africaine (UA) avait pris ses responsabilités et avait mis en place un Comité de cinq Chefs d’Etats. Je crois qu’il y avait cinq pays : l’Afrique du Sud, le Mali, la Mauritanie, l’Ouganda et le Congo. Ce comité s’était rendu à Tripoli et à Bengazi. Je crois que ce sont les tous derniers chefs d’Etat qui avaient pris contact avec notre défunt frère, le colonel Muhammar Kadhafi, et qui avaient proposé à la communauté internationale une solution africaine à la crise libyenne. Vous savez aussi que cette solution n’avait été acceptée. Et le Conseil de sécurité avait engagé une action dont vous connaissez les conséquences avec la disparition du colonel Kadhafi. Aujourd’hui, c’est le désastre en Libye, désastre dans tous les secteurs : politique, économique, humanitaire, sécuritaire et j’en passe.

Vos confrères, la presse, cette année ont même déclaré qu’en 2016 (l’année n’est pas encore terminée), plus de 3000 jeunes africains sont passés par la Libye à travers toutes les organisations de malfaiteurs, de trafiquants tout genre. Plus de 3000 jeunes africains sont allés au fond de la méditerranée cette année. Je ne parle pas de ceux qu’on a pu sauver et qui seraient à Lampedusa ou ailleurs. Donc, malgré cette prise de position de l’Afrique en 2011, il a était fait autrement. Ceux qui avaient posé ces actes constatent aujourd’hui qu’ils ne sont pas dans les meilleures dispositions pour ramener la paix et la sécurité, afin que la Libye soit de nouveau cet Etat qu’on a vu fonctionner, qui a joué son rôle en Afrique et ailleurs. Donc, le moment était venu pour le continent africain de reprendre l’initiative, de reprendre ses responsabilités. C’est ce qui a été fait au dernier sommet de l’UA à Kigali, où un autre Comité de haut niveau des Chefs d’Etat d’Afrique du Sud, de l’Ethiopie, de la Mauritanie, du Congo et du Niger a été mis en place. Ce Comité s’est ouvert aussi à l’ensemble des pays voisins de la Libye.

Ce comité a tenu sa première réunion à Addis-Abeba pour prendre ses responsabilités. Nous allons nous mettre au travail. C’est frai il y a le désastre. Mais, il ne manque pas d’atouts. Le premier atout c’est la volonté quand même du peuple libyen de reprendre en main son destin et de faire confiance à l’Afrique. C’est un atout important. Il l’a déclaré à Addis-Abeba. Le peuple libyen faisait confiance à l’Afrique, mais aussi à d’autres organisations et Etats comme la Ligue arabe, les Nations-Unies, etc. Mais cette fois-ci l’Afrique a décidé de prendre ses responsabilités et d’avoir le leadership dans ce qu’on appelle la Troïka, c’est-à-dire l’Afrique, la Ligue arabe et les Nations-Unies.

Nous affirmons que cette fois-ci c’est l’Afrique qui devra prendre le leadership de cette action-là. Son premier atout est la volonté du peuple libyen de sauver son pays. Il a déjà fait, il y a eu des tentatives. D’abord, le fait que le 17 décembre 2015, il y a eu cet accord qui existe et qui a été entériné par la communauté internationale ; l’accord politique en Libye. C’est une bonne base. Il y a le parlement libyen qui existe à Toubro, c’est aussi une base. Il y a aussi la présidence qui est sortie de ces accord de 2015, c’est aussi une base. Nous pensons qu’avec tous ces éléments, il sera possible de tenir une réunion avec tous les Libyen, d’organiser ce qui est devenu à la mode, c’est-à-dire un dialogue inclusif. On pourrait consolider ces bases et sortir une démarche de sortie de crise. Une feuille de route sera élaborée par votre modeste serviteur et d’autres dirigeants africains, dont le Président Jakaya Kikueté, ancien Président de la Tanzanie, qui joue un rôle important dans ce dossier en sa qualité de Haut représentant de l’UA pour la Libye ; ainsi que la Troïka dont je venais de parler. Ce sont nos problèmes. Nous allons les affronter. Certes, ça ne sera simple, mais la Libye est un membre fondateur de l’UA qui a joué un rôle en Afrique que vous connaissez. Elle ne doit pas être laissée à la dérive. Nous allons déployer nos forces pour cela.

Vous avez dit qu’en 2011 l’UA avait décidé de prendre ses responsabilités, mais on connait la suite. Aujourd’hui, vous vous réappropriez l’initiative. Pourquoi avoir entendu maintenant et quelles sont les chances qu’on peut donner au Comité dont vous avez la charge ?

Il fallait bien un moment. Ce n’est pas que rien ne s’est passé, non ! Il y a eu de nombreuses initiatives des Nations-Unies sur la Libye. Si je vous ai parlé de l’accord du 17 décembre 2015, c’est parce qu’un travail avait été fait en amont pour obtenir cet accord. Les Nations-Unies ont travaillé, la Ligue arabe, l’UA à travers sa commission et le Haut représentant, le Président Kikweté, aussi. Un travail a été fait, oui ! Mais, il était important quand même que l’Afrique s’approprie à nouveau ce dossier pour le gérer sous sa direction directe avec d’autres partenaires. Donc, ce n’était pas un dossier abandonné. Le moment est venu pour que l’Afrique, de façon organisée, reprenne la main.

Les Etats-Unis viennent d’avoir un nouveau Président, Donald Trump. Vous, en tant que Chef d’Etat congolais et leader africain, que suscite en vous cette élection ?Qu’est-ce que l’Afrique peut attendre de cet homme ?

Nous avons toute la nuit suivie le dénouement de la campagne électorale et l’élection aux Etats-Unis. Les Etats-Unis sont la première puissance du monde. Donc, l’élection d’un Président aux Etats-Unis ne peut pas laisser les dirigeants du monde indifférents. Nous avons suivi déjà la campagne. Il faut d’abord féliciter le Président élu et reconnaitre que c’est la volonté du peuple américain qu’il a élu son Président. Je pense dans un premier temps, c’est pour s’occuper de ses problèmes. Les problèmes du peuple américain prioritairement. C’est pour l’Amérique d’abord que le Président a été élu et cela ne présente aucun doute. Et puis, c’est la première puissance du monde qui s’intéressera aux problèmes du monde entier, c’est sûr. De l’Afrique aussi, parce que le monde ne marchera pas sans l’Afrique et nous ne pouvons pas dire que dans la campagne électorale aux Etats-Unis il y a eu un grand débat sur l’Afrique. Ce n’est pas parce que les candidats ont adopté telle ou telle position au sujet de l’Afrique que le Président a été élu. Mais, l’Afrique existe. Nous chercherons, au niveau africain, d’établir les relations avec le dirigeant de la plus grande puissance du monde. Il serait étonnant que le Président Trump considère la marche du monde sans l’Afrique. On n’établira certainement les relations de coopération dans tous les domaines avec les Etats-Unis d’Amérique sous la direction du Président Trump et chaque partie devra trouver son compte. J’imagine l’Afrique et l’Amérique. Pour l’instant, on en dit pas plus. Attendons plutôt venir les choses et le Président lui-même n’a pas encore fait des déclarations sur l’Afrique.

Depuis avril dernier, le département du Pool vit une situation sécuritaire très difficile avec des conséquences à travers le pays. Des voix, notamment celles des parlementaires estiment que vous, en tant que garant de la paix et de l’intégrité nationale, devrez trouvez l’issue pour cette crise. Est-ce qu’en cette fin de journée, Monsieur le Président, vous avez un message à leur endroit, sinon à l’endroit du peuple congolais en général ?

Les Congolais aiment utiliser des grosses expressions : «la crise, la crise au Pool». De quoi parlons-nous réellement? On parle de crise au Pool. Je dois vous dire que nous avons organisé la municipalisation accélérée et la fête nationale dans le Pool, précisément à Kinkala. C’était une grande fête à Kinkala. J’y étais. J’aime beaucoup cette ville. Depuis qu’on a démarré sa construction, elle est devenue très belle. Le jour de la fête nationale, on a connu les embouteillages à Kinkala. Moi-même, je suis entré dans un embouteillage au moment d’aller au stade. On est resté pendant près de 30 minutes avant d’atteindre le stade. C’était une belle fête à Kinkala et c’est dans la paix totale.

Après cela, je suis allé à Kinkala où j’ai passé une nuit. C’était pour lancer le programme de construction de 12 hôpitaux des départements. On a visité la ville avec le corps diplomatique qui était présent. On a passé nuit à Kinkala. C’était une grande fête. C’était la liesse à Kinkala. Je suis retourné au Pool pour lancer les travaux de construction de la route Kinkala-Ngambari, une bretelle de la route lourde Pointe-Noire/Brazzaville. Donc, la bretelle de Mindouli-Kinkala jusqu’à Nganga Lingolo-Brazzaville. J’ai lancé ces travaux à Mindouli. C’était une grande fête, dans la paix. J’ai quitté Mindouli et pour passer la nuit à Kinkala. Le lendemain, on a eu une grande réunion citoyenne à Kinkala. On a même inauguré l’arrivée de la ligne électrique pour l’électrification de la ville de Kinkala. C’est une grande fête. Puis, nous avons inauguré la route Brazzaville-Pointe-Noire. On est parti de Brazzaville et a traversé le Pool. On s’est arrêté dans les grands villages jusqu’à Madingou. On a rencontré les populations du Pool. C’était la fête ! C’était même très beau jusqu’à Madingou, où on a procédé au lancement des travaux pour la municipalisation accélérée de la Bouenza. La vie se déroulait normalement à Mindouli, où on a même visité la grande cimenterie en construction avec la coopération indienne.

Tout ceci se passe dans la paix et les populations travaillent normalement. Puis, il y a eu la campagne électorale. Pendant la campagne électorale, je me suis rendu dans le Pool. J’ai tenu un grand meeting à Mindouli, c’était la fête ! J’ai tenu un autre grand meeting à Boko, c’était la fête ! J’en ai tenu un autre à Kinkala, où j’ai passé la nuit. C’était la fête toute la nuit ! J’ai tenu un grand meeting à Kindamba, c’était aussi la fête ! J’ai tenu un grand meeting à Ngabé après avoir rendu visite au Roi Makoko à Mbé. J’ai donc parcouru le Pool de part en part. Je n’ai pas rencontré des situations que vous appelez crise. Il n’y avait aucune crise. La campagne s’est déroulée et il y a eu des élections et on a même donné les résultats de ces élections-là. Il semble que le Président ne soit pas arrivé en tête des suffrages dans le Pool. Cela a été accepté. Puisque c’était la volonté des populations qui se sont exprimées ainsi.

Alors, en ce moment-là, j’ai envie de savoir où se trouve la crise? Est-ce que la crise c’est parce que monsieur Bitsamou Ntumi, comme vous l’appelez pasteur, qui était ministre délégué à la présidence, avec des attribues de tous les ministres, a abandonné ses fonctions et est retourné à l’intérieur du Pool et est retourné à l’occasion des élections et a mis le feu à Makélékélé, a brûlé la commune, le commissariat, tué des gens, brûlé les véhicules et s’est enfuit à l’intérieur du Pool pour se cacher dans les buissons là-bas avec ses partisans ?

Est-ce ça la crise ? Si c’est ça la crise, je dois demander aux populations du Pool, aux dirigeants politiques du Pool de se mettre avec le Président pour isoler Ntumi et ses partisans. Que nous mettions tous à le rechercher dans les buissons, dans les forêts où il se cache pour le mettre hors d’état de nuire. Il n’y a pas de crise. Entre-temps, ils sortent de buissons, arrêtent les gens qui circulent sur la voie, prennent leurs biens, brûlent les véhicules. Ils vont voler les explosifs pour faire sauter les rails. C’est une forme de banditisme. Je lance un appel aux populations du Pool, aux dirigeants politiques du Pool qui se mettent avec le Président et nous allons rechercher Ntumi et le mettre hors d’état de nuire. Pour moi, il n’y a pas de crise. Le pays va continuer sa marche et va se construire. Le programme que le Président a annoncé au peuple va être réalisé. C’est cet appel que je lance aux populations du Pool au lieu de fuir, d’avoir peur. Aux dirigeants politiques, ils ne peuvent pas jouer double-jeu. Ils doivent prendre position clairement et se mettent avec le Président et les populations pour isoler Ntumi. On doit le rechercher comme tous les bandits. On ne va pas le tuer, mais il y aura un procès et on l’amènera en justice. Il va répondre à ses actes. Pour moi, il n’y a pas de crise.

Monsieur le Président, il se tient en ce moment à Dakar, au Sénégal, des journées internationales des écrivains africains. Et dans le cadre de ces journées, votre livre «Le manguier, le fleuve et la souris» est à l’honneur. Comment appréciez-vous ce choix ?

(Rire) C’est celui-là seulement. J’aurai bien aimé dans le lot, un débat autour du livre «Le développement durable : l’Afrique enjeux de la planète». Parce que c’est le débat à l’ordre du jour. Bientôt nous irons à Marrakech. S’ils ont choisi celui-là, pourquoi pas «Le manguier, le fleuve et la souris» ou alors la souris ?

Comment appréciez-vous cet honneur qui vous ai fait et puis qu’est-ce que vous attendez des écrivains africains dans le combat actuel de l’Afrique : émergence, développement, changement climatique, etc. ?

L’engagement ! Nous sommes en pleine période de combat. C’est aussi la littérature engagée. L’Afrique est la croisée de chemin et il faut qu’on rencontre de plus en plus de littérature engagée dans le combat que l’Afrique livre en ce moment. C’est en toute humilité que j’apprends la nouvelle. Si c’est ce livre qui a été retenu dans le débat, je voudrais ajouter « le développement durable : l’Afrique enjeux de la planète» dans le combat du développement qui se déroule maintenant et bientôt

Gos-Gaspard Lenckonov



Commentaires articles

1.Posté par Le Dégoûté ! le 12/11/2016 23:36
Seigneur !!! Mais c'est pas vrai !!!!

Si ce qui se passe dans le Pool n'est pas une crise, c'est quoi alors ???
Ca se voit que les populations qui souffrent dans ce département il n'en a rien à foutre. C'est pas ces parents !

Quand SASSOU-NGUESSO a créé NTOUMI et l'a nommé ministre, avait-il consulté les populations du Pool ? Pourquoi maintenant que sa créature devient incontrôlable, il "demande aux populations et aux politiques du Pool" de se mettre avec lui "pour le mettre hors d'état de nuire" ?
SASSOU-NGUESSO EST D'UN SADISME ...!!!!

QU'IL AILLE LE CHERCHER LUI MÊME !!!

2.Posté par Gomez CHRISTINE le 19/11/2016 10:24
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