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CFCO : la reprise du trafic, pour combien de temps ?


Brazzaville, 27 novembre – (CONGO-SITE) – Le Premier ministre, Clément Mouamba, a annoncé, le 23 novembre dernier, que le trafic devrait reprendre incessamment sur le chemin de fer Congo-Océan (CFCO). Tout le monde est content, surtout les populations riveraines. Mais, on ne sait pas combien de temps Frédéric Bintsamou alias Pasteur Ntumi et ses miliciens accorderont-ils à ce trafic.



Le Premier ministre  a affirmé, lors d’une visite à Kinkembo, à environ 200 kilomètres au sud de Brazzaville, qu’il n’y avait plus d’obstacles à ce que les trains reviennent, quel que soit leur gabarit. «Le chemin de fer peut correctement fonctionner de Pointe-Noire à Brazzaville et vice-versa. Aujourd’hui tous les ouvrages qui étaient endommagés sont totalement réhabilités», a-t-il déclaré.

Selon plusieurs témoignages, il n’y a pas d’activité économique dans le département du Pool sans le train. «La reprise du trafic est une bonne nouvelle, car nous n’avons plus vu le train depuis deux ans. Or, nous dépendons essentiellement de lui », a commenté Thérèse Nsassa, 51 ans, une déplacée qui a fui les combats en forêt, citée par africanews.com. «Le retour du train est le meilleur cadeau de la paix. Dans notre zone, il est impossible de mener une activité économique sans le train », a complété Daniel Nguitoukoulou, habitant de Kinkembo, toujours au micro d’africanews.com.
 
Le CFCO en question

Le CFCO, ce réseau de chemin de fer de 885 km, comprend trois tronçons : la ligne du Congo-Océan reliant le port autonome de Pointe-Noire à Brazzaville, construite de 1921 à 1934 et longue de 512 km ; le tronçon de Mont-Bello à Mbinda, construit de 1959 à 1962 (285 km) ; le tracé de Bilinga-Dolisie, un réalignement construit de 1976 à 1985 (91 km). Les conditions d'exploitation du CFCO ont commencé à se détériorer à partir de 1990, quand la société s’est trouvée dans une position de quasi cessation de paiement.

La situation s’est aggravée suite à une collision entre un train de voyageur et un train de marchandises, le 2 septembre 1990 à Mvoungouti, faisant cents mots et trois cents blessés. Cet accident occasionne l'arrêt, en 1991, du transport de manganèse pour le compte de la société Comilog.

Le pire arrive à partir de 1998, avec le conflit armé entre le pouvoir en place et Bernard Kolélas, ancien allié de Denis Sassou N’Guesso. Bernard Kolélas qui était devenu Premier ministre de Pascal Lissouba pendant la guerre déclenchée le 5 juin 1997, étant en exile, Pasteur Ntumi, qui jusque-là était spécialisé dans la guérison miracle des malades mentaux, gagne le Pool. Il prend alors la place du « père fondateur de la milice ninja».

En effet, Ntumi qui dans les années 1990 recueillait les handicapés mentaux dans les rues de Brazzaville pour les soigner, s’est dit avoir eu une révélation de « Dieu » lui ordonnant de se réfugier dans le Pool et d'y préparer les « jeunes » à se défendre contre une invasion militaire. Par « les jeunes », il s’agissait avant tout de ses patients. Par la suite, il arrive à convaincre plusieurs ninjas de Bernard Kolélas et des jeunes désœuvrés réputés être des fumeurs de drogues.

Devenu nouveau commandant des miliciens laissés par Bernard Kolélas, Ntumi relance les hostilités, entre 1998 2003, contre le pouvoir. Non seulement lui et ses miliciens s’attaquent à la force publique, mais aussi commettent des exactions diverses à l'encontre des populations du Pool,  notamment pillages, viols et meurtres.

L'un des ponts dynamités par les ninjas
L'un des ponts dynamités par les ninjas
Le 25 août 2002, les ninjas attaquent un train de marchandises près de la gare de Loulombo. Bilan : une trentaine de personnes sont blessées. Après plus d’un an d’interruption pour des raisons de sécurité, le trafic passager sur le CFCO reprend dès janvier 2004. Les trains sont désormais escortés par des gendarmes et des ninjas.

Entre 2005 et 2006, toutes les lignes sont rouvertes au trafic voyageurs et marchandises. Une douzaine de gares sont rénovées huit locomotives remises en état. Un programme d'urgence de rénovation et de rééquipement du CFCO est élaboré par la Banque mondiale. Ce programme se résume en deux phrases : améliorer les infrastructures, acquérir du matériel roulant. Des efforts se multiplient pour rendre le CFCO plus opérationnel : c'est l'éternel recommencement.

En 2007, suite à un accord de paix qu’il a signé avec le pouvoir, Ntumi est nommé Délégué général chargé de la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre. Un titre qui lui confère un rang de ministre délégué.

La dette morale de Ntumi envers Bernard Kolélas

Conscient qu’il doit son audience dans le Pool aux ninjas, Ntumi apporte son soutien à Guy-Brice Parfait Kolélas, fils de Bernard Kolélas, lors de l'élection présidentielle de mars 2016. Il est par la suite accusé d'être responsable des attaques des postes de police dans les quartiers sud de Brazzaville, le 4 avril 2016. Démis de ses fonctions de délégué général, le « messie» du Pool et ses ninjas reprennent les armes dans le Pool.

Et, pendant près de deux ans, ils dynamitent des ponts sur la voie ferrée, attaquent des véhicules, agressent et tuent des usagers de la route nationale n°2. L'insécurité règne dans ce département. Des populations abandonnent leurs villages et se retrouvent dans des forêts. Le CFCO, considéré comme « la colonne vertébrale de l'économie congolaise" connaît, une fois de plus, un arrêt prolongé du trafic, avec de lourdes conséquences sur l'économie nationale.

A la faveur de l’accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités dans le département du Pool, signé le 23 décembre 2017, entre le gouvernement et ses représentants, la justice a décidé, le 27 juillet 2018, de lever le mandat d'arrêt émis en 2016 contre Ntumi et deux de ses lieutenants. L'ancien chef des ex-combattants ninjas s’est réjoui de cette décision de justice et s'est engagé à contribuer au retour définitif de la paix dans le Pool.

Bien avant cela, dans un message enregistré le 28 décembre 2017, le pasteur Ntumi, prenant acte de l’accord de Kinkala, avait étonné plus d’un observateur en disant que ce texte ne lui avait pas été soumis avant signature et qu’il ne tenait pas compte de ses « préoccupations majeures».
 
Quand on essai d’analyser le sens de l’action de Ntumi dans les conflits armés que le Congo a connus depuis 1998, on est en droit de se demander s’il ne cherchera pas encore un prétexte demain pour violer l’accord de Kinkala, pour regagner le Pool et reprendre la destruction de la voie ferrée avec ses hommes et femmes.  On chuchote, parfois, que le pouvoir est de mêche avec Ntumi. Qui dit mieux ?
 

Gos-Gaspard Lenckonov



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